Page 20 - Mémoire M1- Patrimoine et Musées- Hasna HATCHI
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pris a été celui de garder le village comme figé dans le temps, sans apporter de changement mais
uniquement un travail de valorisation qui est complété avec l’établissement d’une structure
appelée Centre de la mémoire. Ce dernier apporte un parcours documenté et semble indissociable
de la visite du village et le choix de sa création a été porté après étude des ruines et de l’effet du
temps sur celles-ci. Un lieu de mémoire se doit d’être pensé dans un temps relativement long, pour
pouvoir continuer à être témoin d’un événement majeur des années après sa réalisation, le Centre
étant alors la manière trouvée pour continuer à documenter le massacre d’Oradour-sur-Glane
même si le village dans sa matérialité venait à disparaître ou à arrêter de recevoir du public pour
des raisons de sécurité, dans l’exemple d’un risque d’effondrement. Le lieu de mémoire doit être
intemporel là où la mémoire, elle, peut être marquée par le temps avec la disparition des preuves
matérielles mais aussi la disparition des témoignages humains directs. La Seconde Guerre
mondiale étant un conflit contemporain inscrit dans une temporalité relativement proche, des
témoignages continuent à être effectués par les principaux acteurs des faits ; victimes de
l’Holocauste, victimes de massacres, soldats ou leur famille, l’humain prône dans la définition de la
mémoire du conflit. L’aspect social est donc à prendre en compte et on relève la création de
certains lieux de mémoire en réaction à un engagement communautaire fort. Les témoins veulent
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partager et diffuser leur histoire, Michael Pollak écrit en 1993 à ce sujet en appuyant que le
langage, écrit comme oral, constitue un “un médium essentiel de transmission du passé même si
les silences au cœur des processus de remémoration des épisodes de violence ne doivent pas être
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négligés” . A ce propos, les historiens évoquent la notion de “rupture cognitive” , cette notion
renvoie à la transmission de l’histoire de la résistance par les témoins humains. Le fait relevé est
alors que les faits propres à la résistance ne pourraient plus être véhiculés dès lors que le dernier
résistant sera mort. La place du témoignage dans la construction de la mémoire prend une place
centrale, la mémoire étant alors construite autour de l’humain plutôt que le simple fait historique ;
on ne raconte pas les conflits contemporains comme on pourrait évoquer, par exemple, la
Révolution française. Ainsi, le pouvoir de la société sur les choix des lieux à mémorialiser est
indéniable et change selon les périodes ce qui explique pourquoi la vente des baraques des camps
d’internement français a été possible et, surtout, peu remarquée voire ignorée par l’opinion
34 Pollak Michael. Une identité blessée. Études de sociologie et d’histoire. Éditions Métailié, 1993.
35 Azevedo Valérie Robin. Violences extrêmes, morts collectives et mémorialisation. cArgo - Revue internationale
d’anthropologie culturelle et sociale, 6-7, pp.7-17, 2017.
36 Wahnich Sophie. “Les musées d'histoire du xxe siècle en Europe”, Études, vol. 403, no. 7-8, pp. 29-41, 2005.

